Don de sang : tenez compte des comportements et non pas de l’orientation

En cette Semaine nationale du don de sang, la Société canadienne du sang sollicite énormément les donneurs, mais pourrait-elle en faire plus? Santé Canada a récemment approuvé une demande conjointe de la Société canadienne du sang et d'Héma-Québec afin de faire passer le délai d’exclusion visant les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes de 12 à 3 mois. Puisque le recrutement de donneurs est une source de préoccupation constante pour notre système pancanadien de distribution de sang, le changement de règlement constitue une première étape. À vrai dire, le gouvernement fédéral actuel a fait campagne en promettant de lever entièrement cette interdiction, mais la nouvelle politique continue de discriminer et d’exclure les hommes gais et bisexuels.

Statut relationnel : c’est compliqué

De nombreux hommes gais ont une relation compliquée avec la Société canadienne du sang et Héma-Québec. Pour nous, le sang n’est pas simplement une question de « donner au suivant »; c’est aussi un enjeu de droits humains et d’équité. Notre sang est maintenant politisé, ce qui incite les décideurs politiques à troquer la science de la transmission du VIH pour des généralisations concernant la vie sexuelle des hommes gais.

Il est important de connaître les faits avant d’expliquer pourquoi cette décision n’est pas assez poussée. Il est important de noter que la totalité du sang – c’est-à-dire chaque flacon de sang – donné au Canada est dépisté de manière rigoureuse avant d’être prêt à donner. Le VIH peut être détecté neuf jours après l’infection.

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Daniel Grace et Nathan Lachowsky

 

Les hommes monogames ne peuvent toujours pas faire don de sang car ils couchent avec des hommes?

La Société canadienne du sang et Héma-Québec devraient évaluer les candidats en fonction de leur risque d'infection et non de leur orientation sexuelle. La science doit l’emporter sur l’orientation sexuelle et les preuves valent mieux que des étiquettes. Les hommes gais que nous avons interrogés à Toronto, Vancouver et Montréal étaient majoritairement en faveur de l’adoption d’une approche au don de sang fondée sur les preuves.

En vertu des nouvelles directives en matière de don, un homme hétérosexuel avec des dizaines de partenaires sexuels peut donner du sang sans problème. Un homme homosexuel qui vit dans une relation monogame avec un seul partenaire sexuel, quant

à lui, ne peut pas donner de sang s’il a eu des relations sexuelles avec son partenaire au cours des trois derniers mois. Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes peuvent ne pas prendre part à des activités susceptibles de transmettre le VIH. Ils continuent d’éprouver l’insulte ajoutée de se faire dire qu’ils sont inaptes à faire un don après tout contact intime avec un autre homme. Pour le don de sang, le « sexe » » englobe le sexe oral, vaginal et anal.

Tout le monde est perdant lorsque nous nous appuyons sur l'orientation sexuelle pour prendre des décisions politiques au lieu que sur  des activités susceptibles d’entrainer la transmission du VIH. La stigmatisation persiste. Les nouvelles réglementations sont déconnectées de la science de la transmission du VIH.

Il y a 30 ans, notre compréhension du VIH était loin d'être ce qu'elle est aujourd'hui. À l’époque, une interdiction générale du sang des hommes gais aurait peut-être été logique. Aujourd’hui, avec les progrès de la science, de la recherche et de notre compréhension de la transmission du VIH, nous en savons plus.

Nous sommes à la table

Les hommes gais, les défenseurs communautaires et les scientifiques sont à la table pour cette conversation qui suit son cours. Le Centre de recherche communautaire collabore avec le Centre d’innovation de la Société canadienne du sang pour trouver une solution fondée sur des données probantes à ce problème profondément enraciné. Notre enquête Sex Now aide la SCS à mieux comprendre les contributions des hommes gais à l’approvisionnement en sang du Canada et nous incitons les décideurs à élaborer une approche rigoureuse, sûre et fondée sur la science qui ne discrimine pas les hommes gais ou bisexuels.

L'été dernier, nous avons mené une enquête nationale auprès de plus de 3 600 hommes gais et bisexuels et réalisé des entretiens afin de comprendre les attitudes et les opinions sur le don de sang. Nous leur avons demandé ce qu'ils pensaient du passage possible à une période d’abstinence de trois mois. Bien que certains hommes aient pensé que cela ferait office de « tremplin » sur la voie de l’éligibilité, la grande majorité des hommes ont déclaré que cette décision politique manque à la cible et reste injuste. Plus de 90 % des participants au sondage ont déclaré qu'ils feraient un don à l'avenir s'ils étaient éligibles.

Nous poursuivons le même objectif, c’est-à-dire de nous assurer que l’approvisionnement en sang du Canada est sûr et facilement disponible.

Nous attendons avec impatience le jour où nos agences de santé verront au-delà de la stigmatisation des hommes gais et bisexuels et adopteront pleinement la compréhension actuelle de nos communautés.

Après tout, nous nous devons tous de donner au suivant.

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Par Dr Nathan Lachowsky, PhD, et Dr Daniel Grace, PhD

Le Dr Nathan Lachowsky est directeur de la recherche au Centre de recherche communautaire de Vancouver, en Colombie-Britannique, et professeur adjoint à l'Université de Victoria. Il s’intéresse surtout à la recherche en santé participative basée sur la communauté qui met l’accent l'accent sur la santé des minorités sexuelles et de genre.

Le Dr Daniel Grace est professeur adjoint à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto et chercheur affilié au Centre de recherche communautaire. Il est titulaire de la chaire de recherche du Canada sur la santé des minorités sexuelles et de genres.

* Cet article a été publié (en anglais) pour la première fois sur The Georgia Straight.

Available in english.

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À propos de CBRC

Le Centre de recherche communautaire (CRBC) promeut la santé des hommes homosexuels par le biais de la recherche et du développement d’interventions. Nous sommes compris les hommes (cis et trans) bisexuels et queer et les personnes bi-spirituelles.
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