Dites au gouvernement fédéral : Éliminons l’épidémie de VIH, pas les financements

Le financement de la lutte contre le VIH au Canada est menacé, mettant en péril la santé et le bien-être des communautés 2S/LGBTQIA+. Nous demandons aux organismes communautaires, aux entreprises et aux institutions de signer la lettre suivante pour réclamer du gouvernement fédéral qu’il se montre solidaire des communautés 2S/LGBTQIA+ et qu’il élimine l’épidémie de VIH, pas les financements.

En tant que regroupement, nous adressons cette lettre au premier ministre, à la ministre de la Santé, à la ministre des Femmes et de l’égalité des genres (FEGC), ainsi qu’à tou·te·s les député·e·s. 

En remplissant ce formulaire, vous ajoutez votre signature à la lettre suivante au nom de l’organisme, de l’entreprise ou de l’institution que vous représentez. Veuillez vous assurer que vous êtes bien un·e représentant·e autorisé·e avant de signer.


Nous sommes un regroupement d’organismes offrant des services aux communautés 2S/LGBTQIA+ partout au Canada. Nous vous écrivons aujourd’hui pour demander au gouvernement fédéral de ne pas procéder aux coupes budgétaires envisagées dans le Fonds d’initiatives communautaires en matière de VIH et d’hépatite C (FIC) et le Fonds pour la réduction des méfaits (FRM), qui constituent les principales sources de financement fédérales destinées aux initiatives communautaires de lutte contre le VIH au Canada. La réduction de ces financements menace d’affaiblir la riposte canadienne à l’épidémie de VIH et de réduire à néant les progrès réalisés dans la prévention de nouvelles infections. 

Ce n’est pas le moment de faire marche arrière. Grâce notamment aux investissements fédéraux passés, nous disposons aujourd’hui de tous les outils nécessaires pour mettre fin à l’épidémie de VIH au Canada, notamment :

  • la prophylaxie pré-exposition au VIH (PrEP)[1] et la prophylaxie post-exposition au VIH (PPE)[2], qui, lorsqu’elles sont prises conformément aux prescriptions, sont extrêmement efficaces pour prévenir les nouvelles infections par le VIH;
  •  de plus en plus d’options de dépistage du VIH, notamment les plateformes de dépistage en ligne, les tests rapides au point de service et les outils d’autodépistage, qui facilitent les démarches des membres de la population canadienne ayant un accès restreint aux méthodes traditionnelles de dépistage;
  •  le consensus scientifique autour de « indétectable = intransmissible » (I=I), selon lequel une personne séropositive qui suit son traitement et atteint une charge virale indétectable ne peut pas transmettre le VIH par voie sexuelle.

Ces nouveaux outils permettent aux personnes séronégatives de le rester, à celles qui ignorent leur état sérologique vis-à-vis du VIH de se faire dépister, et à celles qui sont séropositives de mener une vie saine et épanouie, sans craindre de transmettre le VIH à d’autres. Avec les fonds adéquats, l’ensemble des outils à notre disposition peut nous permettre d’inverser la tendance de l’épidémie de VIH au Canada. À l’inverse, des coupes budgétaires nuiraient considérablement à la lutte collective contre le VIH et entraîneraient un recul qu’il serait à la fois difficile et coûteux d’enrayer. 

On a pu observer les progrès réalisés lorsque le gouvernement investit dans des initiatives communautaires de lutte contre le VIH. Ces dernières années, on a notamment constaté une augmentation considérable des connaissances de la population sur les méthodes de prévention émergentes comme la PrEP, ainsi qu’une adoption croissante de ces nouvelles technologies. Plusieurs organismes communautaires ont distribué ensemble des dizaines de milliers de trousses d’autodépistage du VIH aux membres de la communauté 2S/LGBTQIA+ qui en avaient besoin. La stigmatisation et la discrimination ont diminué, et les prestataires de soins de santé ont appris à proposer des services de prévention, de dépistage et de traitement du VIH et des ITSS selon les principes de la sécurité culturelle. Des infrastructures communautaires pérennes ont été mises en place pour répondre à des crises de santé publique, telles que l’épidémie de mpox de 2022, et permettront de prévenir d’autres éventuelles urgences sanitaires.

Il subsiste toutefois des lacunes importantes. Selon les dernières estimations de l’Agence de la santé publique du Canada, 2 517 nouvelles infections par le VIH ont été recensées au Canada en 2024, soit une hausse de 22.8 % par rapport à 2022, année où l’on estimait à 2 050 le nombre de nouvelles infections[3]. [1] Les hommes gais, bisexuels et ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (gbHARSAH) représentaient 42 % des nouvelles infections par le VIH en 2022, alors qu’ils constituent moins de 5 % de la population canadienne[4].

De plus, les communautés LGBTQIA+ bispirituelles, autochtones, africaines, caribéennes, noires et racisées qui pourraient bénéficier de nouveaux types d’interventions en matière de VIH se heurtent à des obstacles qui trouvent leur origine dans la colonisation, la stigmatisation et le manque de soins adaptés à leur culture. L’urgence de santé publique récemment déclarée par la province du Manitoba, où les communautés autochtones sont touchées de façon disproportionnée par l’augmentation des cas de VIH, en est la preuve incontestable. Enfin, les personnes trans et non binaires sont moins susceptibles d’avoir accès à la PrEP que les membres cisgenres de leur communauté, et près des deux tiers des personnes 2S/LGBTQIA+ qui pourraient bénéficier de la PrEP ne la prennent pas.

Pour faire face à ces profonds problèmes et tirer parti des succès collectifs du passé, il est essentiel que le gouvernement fédéral continue de lutter contre l’épidémie de VIH au Canada aux côtés des communautés 2S/LGBTQIA+ et des organismes qui les soutiennent. S’il refuse d’agir, nous rencontrerons des défis encore plus redoutables, les inégalités continueront de se creuser et les acquis que nous avons obtenus ensemble seront compromis.

Nous reconnaissons la nécessité de moderniser la stratégie canadienne de financement de la riposte au VIH : celle-ci doit tirer parti des innovations clés, réduire les inefficiences, optimiser les résultats pour justifier les dépenses auprès de la population canadienne, et nous rapprocher de nos objectifs communs. Toutefois, cette modernisation ne peut se faire que grâce à un travail collaboratif et consciencieux, et non par une réduction drastique des financements destinés à la lutte contre le VIH ou leur dilution dans l’ensemble des priorités de santé publique. Nous demandons instamment au gouvernement fédéral de :

  • maintenir à leur niveau actuel le Fonds d’initiatives communautaires en matière de VIH et d’hépatite C (FIC) et le Fonds pour la réduction des méfaits (FRM) pour empêcher toute perturbation;

  •  demander au Comité permanent de la santé de la Chambre des communes de mener une étude sur le financement de la lutte contre le VIH qui tienne véritablement compte des opinions des communautés 2S/LGBTQIA+, des personnes vivant avec le VIH et des organismes qui leur viennent en aide;

  •  mettre en place un comité de pilotage comprenant des personnes vivant avec le VIH, des organismes communautaires et des parties prenantes du système de santé qui guidera tout réexamen du FIC ou du FRM susceptible d’entraîner une modification de l’ampleur ou de la portée des financements.

Le gouvernement fédéral est confronté à un choix : il peut soit réduire les financements destinés à la lutte contre le VIH, nous éloignant ainsi davantage de nos objectifs et de nos engagements, soit se concentrer sur la cible que nous visons depuis si longtemps, et mettre fin à l’épidémie de VIH au Canada. Nous sommes prêts à travailler ensemble aux côtés du gouvernement fédéral pour atteindre cet objectif, et espérons que celui-ci répondra à notre appel. Nous souhaitons avoir l’occasion d’en discuter avec vous dans les meilleurs délais.

*Access the English version here.


Merci pour votre soutien. Si vous avez des questions ou des inquiétudes, veuillez nous écrire à [email protected].

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[1] La PrEP consiste à prendre des médicaments contre le VIH avant toute exposition potentielle au virus afin de prévenir l’infection.

[2] La PPE consiste à prendre des médicaments contre le VIH après une exposition potentielle au virus afin de prévenir l’infection.

[3] https://sante-infobase.canada.ca/traitement-vih/

[4] https://www.catie.ca/fr/lepidemiologie-du-vih-au-canada

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