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Le Dr Joseph Cox (il/lui) est médecin et chercheur spécialiste en santé publique. Ses travaux en surveillance biocomportementale (des recherches alliant enquêtes et analyses biologiques) ont commencé dès 2005 avec l’étude Argus, précurseure de l’étude Engage, dont il dirige le volet montréalais. Engage est axée sur la santé sexuelle des hommes bispirituels, gais, bisexuels, trans et queers (2S/GBTQ+) et se déploie sur trois sites de recherche : Montréal, Toronto et Vancouver.
Un article récent (anglais) de l’équipe montréalaise d’Engage se penche sur l’incidence de la syphilis, de la chlamydia et de la gonorrhée chez les personnes 2S/GBTQ+, sur les facteurs de risque associés à ces infections, ainsi que sur les critères de prescription de la doxy-PPE. En règle générale, les recherches sur la fréquence des ITS s’appuient sur des données issues de cohortes cliniques, mais l’étude Engage fait plutôt appel à un échantillonnage piloté par les répondant·e·s afin de recruter des participant·e·s au sein de la communauté dans son ensemble. Les gens sont invités à participer à l’étude au moyen d’un coupon remis par quelqu’un y ayant déjà participé.
« Dans la moitié des cas, les ITS sont asymptomatiques, explique le Dr Cox. Si on recense uniquement les infections chez les personnes qui se présentent en clinique parce qu’elles ont des symptômes ou souhaitent passer un test de dépistage, on risque de passer à côté d’un grand nombre de cas. Le recrutement et le dépistage dans la communauté nous permettent de mieux cerner la situation. »
À partir d’un échantillon communautaire provenant de trois villes – Toronto, Montréal et Vancouver –, l’étude révèle notamment qu’environ le tiers des personnes 2S/GBTQ+ vivant en milieu urbain connaîtront au moins un épisode de syphilis, de chlamydia ou de gonorrhée au cours d’une année. D’autres résultats portent sur les facteurs qui contribuent à la transmission de ces trois ITS. « Historiquement, les rapports sexuels non protégés étaient considérés comme un facteur courant de transmission des ITS – et il y a bien sûr une raison biologique à cela. Mais nous voulons élargir notre perspective », précise le Dr Cox. Adoptant une vision plus globale, l’équipe d’Engage a examiné des phénomènes plus récents chez les personnes 2S/GBTQ+ comme facteurs de risque potentiels, notamment l’utilisation de la PrEP contre le VIH, le chemsex et les relations sexuelles en groupe. « Ces éléments nous aident à mieux cerner ce qui pourrait être important pour les personnes 2S/GBTQ+ en matière de prévention et de soins. »
L’article définit également trois « critères de prescription » ciblés pour la doxy-PPE, dans le but de contribuer aux données probantes sur l’utilisation de ce médicament. Il a été démontré que, lorsqu’elle est prise dans les 72 heures suivant un rapport sexuel, la doxycycline permet de prévenir, à des degrés divers, les ITS susmentionnées. Ces critères sont les suivants : avoir reçu un diagnostic d’ITS au cours de l’année précédente, avoir eu un nombre élevé de partenaires sexuel·le·s (≥ 10) au cours des six derniers mois et déclarer utiliser la PrEP contre le VIH.
La volonté de définir ces critères découle notamment des préoccupations relatives à la résistance aux antimicrobiens (RAM). Bien que la doxy-PPE soit efficace et puisse contribuer à infléchir la courbe des ITS, la RAM demeure son principal inconvénient « La RAM est une grande source d’inquiétude pour toute personne qui prescrit des médicaments, déclare le Dr Cox. Contribuons-nous à accroître la RAM? Risquons-nous d’alourdir le fardeau d’une population qui est déjà davantage touchée par ce phénomène? » Par exemple, la gonorrhée et la shigellose résistantes aux antimicrobiens constituent déjà des enjeux pour les personnes 2S/GBTQ+. Dans ce contexte, ces critères visent à orienter la prescription de la doxy-PPE : il s’agit d’optimiser le recours à cette intervention biomédicale prometteuse tout en minimisant les préjudices potentiels associés à la résistance aux antimicrobiens.

Photo: Dr. Joseph Cox
« Bien que les hommes 2S/GBTQ+ représentent une proportion relativement faible de la population générale, ils sont touchés de manière disproportionnée par le VIH et les autres ITS. Comprendre l’évolution des épidémies de VIH et d’ITS au sein de cette population a toujours fait partie de mes fonctions en santé publique, mais aussi de mes champs d’intérêt comme chercheur et comme homme gai. La santé publique a la responsabilité de veiller à ce que les personnes aient accès aux services de prévention, de dépistage et de traitement dont elles ont besoin. »
