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Vincent Mousseau (iel) est travailleur social, chercheur et organisateur communautaire. Basé à Montréal/Tiohtià:ke, iel est également membre de la scène locale de kiki ballroom. Dans le passé, iel a contribué à l’Alliance Avancer et au Sommet du CBRC. Vincent termine actuellement un doctorat en santé à l’Université Dalhousie. Ses recherches portent sur la manière dont les communautés noires queers et trans ont mis en place des pratiques de soins, de parenté et d’entraide, en particulier au sein de la culture du kiki ballroom.
Récemment, Vincent a fait une présentation au Sommet 2025, intitulée « Vers une intravention des soins kiki : réimaginer la santé mentale pour les communautés noires queers et trans ». Celle-ci portait sur la scène ballroom comme espace de soins et de résistance pour les personnes noires 2S/LGBTQIA+. « La recherche universitaire traditionnelle a tendance à individualiser les choses. L’une des premières leçons qu’on nous apprend dans le ballroom, c’est que l’important, c’est de se réaliser en tant que groupe, et non de se découvrir individuellement, explique Vincent. Il s’agit là d’une vision du monde fondamentalement différente du cadre de pensée traditionnel et individualiste utilisé dans le milieu de la santé. »
La scène du kiki ballroom s’est développée à New York indissociablement des efforts de prévention du VIH déployés par l’organisation Gay Men’s Health Crisis, en particulier ceux visant à inciter les jeunes noir·e·s queers et trans à se faire dépister, car les taux de transmission du VIH étaient – et restent – nettement plus élevés au sein de ces communautés que dans la population générale. « Depuis nos tout débuts, l’idée est de faire comprendre que nos vies ont de la valeur. Qu’elles valent la peine d’être défendues, et d’être défendues de la manière qui nous convient, déclare Vincent. Si les interventions visant à prévenir le VIH fonctionnaient réellement dans nos communautés, nous n’aurions pas eu besoin de développer ces ressources. Et pourtant, nous avons dû le faire. »
L’idée du « soin spéculatif » est un concept sur lequel Vincent travaille actuellement. « Le soin spéculatif, c’est un modèle de soins ancrés dans les relations et dans le moment présent, en dehors des structures institutionnelles. Essentiellement, il consiste à agir sans certitude. C’est comme de dire, “Je ne sais pas si ça va marcher, mais je sais qu’on peut s’en sortir”. » Ce modèle s’inscrit dans un contexte où la vie des personnes noires est régulièrement exposée à des violences institutionnelles, ce qui nécessite, tant sur le plan éthique que pratique, de repenser les soins en dehors des systèmes étatiques. Pour créer et entretenir ce soin spéculatif, soutient Vincent, les communautés noires queers et trans s’appuient sur une connaissance intime et approfondie des systèmes et de leurs effets sur leur vie. Comme iel le formule, « Comment tenir pour acquis que le système de santé va nous défendre? » Le soin spéculatif est donc une forme de soin flexible, fondé sur l’improvisation et le collectif.
Dans le ballroom, la structure de la « house » (« maison ») établit un système de parenté qui peut être vu comme une infrastructure de soin spéculatif. « Il y a des rôles à l’intérieur de la house – les parents, les parrains et marraines – mais aussi des légendes et des icônes, qui font ce travail depuis des décennies. Ces personnes jouent un rôle de mentorat auprès des plus jeunes en les préparant aux préjudices possibles, ou en les aidant à répondre aux préjudices, explique Vincent. Dans un monde qui affirme que votre vie n’a pas d’importance, qu’est-ce que ça veut dire d’avoir créé toute une infrastructure autour de vous qui vous dit que vous êtes digne qu’on prenne soin de vous? »
En considérant le ballroom comme un site de recherche, Vincent renverse l’heuristique de la recherche : « Le ballroom affirme : “Ici, on prodigue déjà des soins, malgré vous.” Le ballroom vous demande d’abandonner votre position de chercheur pour entrer dans une positionnalité qui est de l’ordre de l’affectif et du relationnel, précise Vincent. Ça va dans le sens de beaucoup de principes propres aux formes afrocentriques et autochtones de recherche. »
Visitez le site Web de Vincent pour en savoir plus sur son travail.
Si vous êtes à Halifax le 12 février, vous pouvez assister à la conférence publique de Vincent (anglais) sur le ballroom, la communauté noire queer et la survie collective.

Photo: Vincent Mousseau
« Si ces systèmes n’ont jamais été conçus pour conserver les connaissances que nos ancêtres nous ont transmises, nous devons nécessairement trouver d’autres moyens de le faire. Mes connaissances partent d’une certitude : des soins sont déjà dispensés ailleurs. Dans un contexte de violence institutionnelle, il est beaucoup plus productif pour nous de commencer nos interventions en matière de santé là où les soins sont déjà prodigués, plutôt que de gaspiller notre énergie dans des systèmes qui ont été conçus pour nous tuer. »
