Par Julia Falco et Andy Lessard
En juillet dernier, le CBRC a lancé un programme pilote intitulé « Ma pause fumée ». Subventionnée par Santé Canada, cette initiative pancanadienne vise à réduire les risques liés au tabac tout en contribuant à bâtir des communautés plus saines et plus inclusives qui respectent et soutiennent les personnes 2S/LGBTQIA+. Nous lançons officiellement ce mois-ci le programme Ma pause fumée, et c’est avec enthousiasme que nous invitons les membres de la communauté à y prendre part. Nous profitons aussi de l’occasion pour diffuser les principaux résultats de la phase pilote du projet et pour partager les pratiques prometteuses et les rétroactions des participant·e·s, qui ont guidé le déploiement à grande échelle du programme.
Ma pause fumée est un programme virtuel et bilingue offert gratuitement aux membres de la communauté 2S/LGBTQIA+ qui ont 18 ans et plus et qui vivent au Canada. Le programme comprend plusieurs services : soutien en ligne par les pair·e·s, distribution de trousses Ma pause fumée et orientation vers des prestataires de services partout au pays, qui inversement nous achemine la clientèle intéressée. Les services virtuels de soutien sont fournis par des personnes 2S/LGBTQIA qui ont un vécu similaire à celui des personnes participant et qui comprennent leurs expériences. L’équipe de soutien propose des séances en tête-à-tête qui suivent une approche tenant compte des traumatismes, fondée sur l’entrevue motivationnelle et visant à réduire les risques. Elle offre également des séances de groupe appelées « Espace social Ma pause fumée », qui permettent de créer des liens, de partager des connaissances et de s’entraider.
Les personnes participant choisissent le contenu de leur trousse Ma pause fumée qui leur sera envoyée par la poste, notamment des substituts nicotiniques (thérapie de remplacement de la nicotine), des produits FÜM et des articles de soins. Le programme pilote a rassemblé 27 personnes, dont 41 % (soit 11 personnes) avaient participé à quatre séances ou plus à la fin septembre. Sur les 27, 17 ont reçu des substituts nicotiniques.
Pour évaluer les retombées du programme Ma pause fumée, nous avons invité les personnes participant à répondre à un premier sondage au début du programme et à un second après quatre séances (individuelles et en groupe). Un sondage de suivi sera également envoyé six mois après la fin du programme pour voir comment les participant·e·s s’en sortent. Les personnes interrogées reçoivent chacune un code qui permet d’effectuer une analyse par couplage, qui fait le lien entre les sondages de début de programme, de fin de programme et de suivi six mois plus tard. Les personnes participant reçoivent des honoraires de 25 $ par sondage.
Sur les 27 personnes qui ont pris part au projet pilote Ma pause fumée, 21 ont répondu à l’enquête de début de programme. L’âge médian des personnes interrogées était de 27 ans. Quatre-vingt-quinze pour cent (95 %) d’entre elles ont déclaré avoir déjà fumé et 76 % ont déclaré avoir déjà vapoté. Parmi les 20 personnes interrogées qui avaient déjà fumé, la durée médiane de la consommation de tabac était de neuf ans. Au début du programme, 90 % des personnes interrogées fumaient quotidiennement. Parmi celles-ci :
- 22 % fumaient plus d’un paquet par jour;
- 11 % fumaient un paquet par jour;
- 28 % fumaient un demi-paquet par jour;
- 39 % fumaient moins d’un demi-paquet par jour.
Dans le cadre de cette analyse, un paquet correspondait à 20 cigarettes.
Les résultats du sondage de fin de programme ont commencé à rentrer au cours du mois passé, et d’autres sont encore attendus. Au 27 octobre, un total de sept sondages post-programme avaient été remplis par les personnes ayant participé au projet pilote. Parmi les personnes interrogées :
- 57 % ont indiqué qu’elles fumaient quotidiennement (4);
- 14 % ont déclaré fumer tous les mois (c’est-à-dire une fois ou plus par mois, mais pas toutes les semaines);
- 29 % ont indiqué ne pas avoir fumé du tout au cours des quatre semaines précédentes.
Sur les quatre personnes qui avaient fumé tous les jours au cours des quatre semaines précédant le sondage :
- 25 % ont indiqué qu’elles fumaient plus d’un paquet par jour;
- 50 % ont indiqué qu’elles fumaient un demi-paquet par jour;
- 25 % ont indiqué qu’elles fumaient moins d’un demi-paquet par jour.
Toutes les personnes qui fumaient encore au moment du sondage de fin de programme ont déclaré avoir réduit leur consommation de tabac. Bien qu’il s’agisse encore de résultats préliminaires, ces réponses prometteuses et les informations qualitatives qui les accompagnent sont source d’espoir. Voici quelques-uns des commentaires reçus :
« Ça a été une expérience transformatrice d’avoir accès à un espace consacré à des discussions authentiques sur ma consommation de tabac, qui plus est avec une personne qui me comprend et qui ne me juge pas. Ce n’est pas le cas dans les autres sphères de ma vie; ma consommation de tabac me cause beaucoup de honte en dehors de Ma pause fumée. En toute honnêteté, j’ai une meilleure conscience de mes comportements et j’ai pu me fixer des objectifs raisonnables grâce à Ma pause fumée. Et quel soulagement de participer à un programme qui respecte mon genre! » – Personne participant au projet pilote
« J’aime qu’on m’accepte exactement comme je suis aujourd’hui. » – Personne participant au projet pilote
En ce qui concerne les conclusions sur les pratiques prometteuses, le personnel de Ma pause fumée a vite remarqué que les gens entamaient le programme avec beaucoup de sentiments négatifs. Ils éprouvent souvent de la honte et de la culpabilité à la suite d’expériences avec d’autres prestataires de services, ou avec leurs proches et leur famille.
On constate également que les personnes participant sont attirées par l’approche de réduction des risques du programme. La promotion du programme mettait l’accent sur le fait qu’il peut répondre à différents objectifs : arrêter de fumer, réduire sa consommation ou mettre la cigarette en pause.
Les personnes participant sont également attirées par le fait que le programme s’adresse spécifiquement aux personnes 2S/LGBTQIA+. On constate qu’il est très important pour les gens d’avoir accès à des espaces respectueux et dénués de jugement. De nombreuses personnes trouvent de l’espoir et du réconfort dans le fait de se reconnaître dans les membres de l’équipe de soutien.
Autre observation : la plupart des gens commandent immédiatement des substituts nicotiniques. L’envoi par la poste de ces articles, ainsi que des produits FÜM et d’autres articles de soins, semble être un point fort du programme. Les personnes participant ont déclaré que cet aspect du programme est particulièrement bénéfique lorsqu’il est associé au soutien par les pair·e·s. Il est utile de combiner ces produits à certaines pratiques de pleine conscience, à des entrevues motivationnelles, à la tenue d’un journal et à des stratégies d’auto-responsabilisation.
Enfin, les entrevues motivationnelles et la tenue d’un journal aident les personnes participant non seulement à définir leurs objectifs, mais aussi à mieux se connaître et à comprendre les raisons de leur consommation, ainsi que les lieux et les moments où elles fument. Ces prises de conscience les aide à changer leur comportement vis-à-vis du tabac si elles le souhaitent, tout en se penchant sur les facteurs sous-jacents ou les sources de stress dans leur vie.
Maintenant que le programme public Ma pause fumée est lancé à l’échelle nationale et ouvert aux personnes 2S/LGBTQIA+ âgées de 18 ans et plus partout au Canada, nous vous invitons à passer le mot! Si vous êtes prestataire de services et souhaitez vous joindre à notre réseau de prestataires, veuillez nous écrire à [email protected].
