Rédigé par le Zetna Collective for Black Advancement et publié par le CBRC, le nouveau rapport d’évaluation des besoins intitulé Vers un avenir queer pour les personnes noires des Prairies rend compte des expériences et des espoirs des personnes noires 2S/LGBTQIA+ à Edmonton, en Alberta. Il s’appuie sur le vécu de personnes qui ont passé des années, voire des dizaines d’années, à construire leur vie au Canada, et qui, pourtant, vivent encore du racisme et de la queerphobie systémiques dans une ville fière de se dire « diverse ».
« Ce projet est un geste d’amour envers la communauté noire 2S/LGBTQIA+ d’Edmonton », déclare Dawn Carter (elle), fondatrice et présidente du Zetna Collective. « Si le corpus de connaissances sur les personnes noires queers et trans s’est étoffé au cours des dix dernières années, les points de vue provenant de l’Ouest canadien sont restés absents de la conversation nationale. Mon objectif premier était de mettre en avant nos perspectives distinctes. »
Née en Angleterre de parents caribéens, Dawn est arrivée au Canada au début des années 1970. Comme d’autres personnes originaires des Caraïbes, sa famille s’est installée dans la campagne albertaine, où elle a travaillé dans le domaine infirmier et hospitalier. Dans son enfance, Dawn voyait très peu de représentations positives des personnes noires. Lorsque, bien plus tard dans ma vie, elle a fait son coming out à sa famille, elle avait pris conscience de l’importance pour les jeunes queers et trans de voir une personne mûre qui leur ressemble. En tant que membre de la génération X entourée de nombreuses personnes plus jeunes, Dawn a été témoin de l’évolution de beaucoup de membres de la communauté noire queer et trans d’Edmonton : de l’exploration de leur identité 2S/LGBTQIA+ pendant leurs études universitaires à l’implication dans le militantisme communautaire.
C’est grâce à ce réseau grassroots que Dawn a constaté une lacune. « La communauté l’a également remarquée », raconte Dawn. Elle s’est rendu compte qu’il existait des programmes destinés aux personnes nouvellement arrivées et réfugiées, mais qu’aucun ne tenait compte de l’expérience des personnes noires queers et trans. « Nous ne savions pas qui allait prendre le relais et défendre la cause des personnes noires; cela tenait très probablement à un manque de moyens. » Né de la nécessité d’avoir un organisme communautaire axé sur les déterminants sociaux de la santé des personnes noires 2S/LGBTQIA+, le Zetna Collective a vu le jour en 2024. En tant que leader, Dawn tenait à s’assurer qu’elle ne faisait pas de suppositions sur les attentes de la communauté, mais qu’elle était bien à l’écoute des besoins réels.
Le rapport d’évaluation des besoins intitulé Vers un avenir queer pour les personnes noires des Prairies, rédigé en collaboration avec Syriah Bailey, paraît à un moment où l’on assiste à des attaques contre les enfants trans en Alberta et où le racisme se fait sentir dans de nombreux domaines, notamment le système de santé, le système judiciaire et le logement. « C’est difficile de vivre en Alberta quand on est une personne noire, confie Dawn. Il était très important pour nous de recueillir nos propres données probantes à l’échelle locale. Le processus d’évaluation des besoins a permis aux gens de s’exprimer sans retenue. »
Selon le rapport, les personnes interrogées ont déclaré avoir une bonne connaissance et une bonne compréhension d’elles-mêmes, mais beaucoup ont indiqué ne pas pouvoir obtenir des soins de santé sécuritaires et adéquats. Par exemple, 32 % des personnes interrogées ont répondu « pas du tout d’accord » à l’énoncé : « J’ai accès à des soins de santé mentale et de bien-être sécuritaires et positifs à Edmonton. » En ce qui concerne les liens avec la communauté et le sentiment d’appartenance, 21 % des personnes interrogées ne se sentaient pas liées aux communautés noires queers et trans d’Edmonton, et 22 % ont déclaré ne pas éprouver de sentiment d’appartenance.
Dans l’ensemble, ces données constituent un argument de poids en faveur de la création d’espaces tiers destinés aux personnes noires queers et trans d’Edmonton. En plus de recenser les enjeux, le rapport présente également des solutions communautaires classées dans dix catégories, notamment :
- ouvrir un centre culturel noir 2S/LGBTQIA+;
- favoriser des rencontres intergénérationnelles permettant de mettre en contact les personnes noires 2S/LGBTQIA+ âgées et jeunes à des fins de mentorat;
- proposer des espaces adaptés aux personnes sobres, par exemple des groupes de méditation, des cercles de lecture et des bibliothèques communautaires;
- ouvrir des jardins communautaires et des programmes d’agriculture urbaine favorisant la souveraineté alimentaire et le partage des compétences;
- mettre sur pied un réseau ou un répertoire d’entreprises noires, des incubateurs d’entreprises et des programmes ou cercles de mentorat en soutien à l’entrepreneuriat.
Cette évaluation des besoins utilise le cadre Ubuntu (anglais), élaboré par l’Unité de lutte contre le racisme anti-noir de la Ville de Toronto. S’inspirant du principe africain « Je suis parce que nous sommes », le cadre Ubuntu propose quatre niveaux de changement : 1) intrapersonnel/individuel, 2) collectif/interpersonnel, 3) institutionnel/organisationnel et 4) communautaire/sociétal. Cette approche holistique invite à se demander : comment le changement individuel influe-t-il sur la société dans son ensemble, puisque nous formons une communauté d’individus?
Image : cadre Ubuntu de l’Unité de lutte contre le racisme anti-noir de la Ville de Toronto (trad. libre)
Pour ce qui est de la collecte et de l’analyse des données, Dawn et Bailey ont travaillé à la conception d’un tout nouveau modèle d’évaluation axé sur les personnes noires et queers. « Il s’agissait d’une nouvelle expérience pour nous deux, raconte Dawn. Nous ne nous attendions pas à recevoir des rétroactions aussi riches sous forme de récits, qui sont venus compléter à merveille les données quantitatives que nous avions recueillies. »
Le rapport Vers un avenir queer pour les personnes noires des Prairies vient répondre à un besoin majeur en révélant la diversité de la communauté noire d’Edmonton et en soulignant le caractère unique de l’expérience des personnes noires dans l’Ouest canadien. Dawn relate ses conversations avec des universitaires d’Edmonton qui ont passé au crible les bases de données sans trouver la moindre information sur les conditions de vie des personnes noires queers et trans. « Ce rapport sert de jalon aux efforts visant à mettre à disposition des données fiables à Edmonton, déclare Dawn. Non seulement pour les membres de la communauté, mais aussi pour les personnes travaillant en recherche, qui souhaitent prendre le pouls de la situation à l’aide de données créées par nous, pour nous. »
Avant tout, ce rapport met en lumière une vérité essentielle : les personnes noires 2S/LGBTQIA+ d’Edmonton sont là. Elles méritent plus que de la tolérance; elles méritent l’appartenance, la sécurité et la joie.
Cet article de blogue est une adaptation de la déclaration de la présidente du Zetna Collective qui figure dans le rapport Vers un avenir queer pour les personnes noires des Prairies.
