Peut-on « consentir » à une thérapie de conversion ? La question se pose quant à une éventuelle interdiction.

Lors de la deuxième audience du comité étudiant le projet de loi C-6 – une législation visant à interdire la pratique connue sous le nom de thérapie de conversion à travers le Canada – les députés et les témoins ont débattu de la formulation spécifique de la loi potentielle.

Par exemple, le « consentement » était un point de friction majeur. Tel qu'il est rédigé, le projet de loi criminaliserait les efforts visant à modifier l'orientation sexuelle ou l'identité de genre de toute personne de moins de 18 ans, mais uniquement pour les adultes qui sont contraints ou forcés d'une manière ou d'une autre. Erika Muse, une survivante de la thérapie de conversion devenue militante, s'est exprimée lors de l'audience du 3 décembre contre l'idée que quiconque puisse consentir à ce qui constitue un abus.

« Vous pensez pouvoir consentir, mais vous ne savez pas dans quoi vous vous embarquez », a-t-elle déclaré à un comité de députés libéraux, conservateurs, néo-démocrates et bloquistes. « On vend aux gens le mensonge que ça va changer leur identité, bien qu’il ait été prouvé que ce n'est pas possible ».

Certains témoins à l'audience ont affirmé qu'une thérapie ou des conseils étaient nécessaires pour les aider à adresser un aspect de leur comportement sexuel avec le même sexe – comme pour l'arrêter, dans le cas de l'abstinence religieuse, ou pour le contrôler pour des raisons de dépendance ou de tendances compulsives sexuelles. Le consentement, disent-ils, est présent dans les deux cas.

Mais le Dr Travis Salway, épidémiologiste social de l'Université Simon Fraser et chercheur canadien de premier plan sur la thérapie de conversion, a averti qu'en se concentrant trop sur le « changement », on permet à la pratique néfaste de se poursuivre sous un autre mandat.

« Souvent, le but de ces programmes n'est pas la conversion, mais le rejet des vies LGBTQ2 comme étant incompatibles avec la santé et le bonheur », a-t-il déclaré, citant les recherches que lui et d'autres ont menées avec des survivants de la thérapie de conversion - dont la moitié n'aurait pas été protégée par la législation telle qu'elle est actuellement rédigée.

Au lieu, le Dr Salway a fait valoir que tout programme propageant la notion que l’on ne puisse pas être à la fois queer ou trans et heureux devrait être visé par cette interdiction, et ce, peu importe si les participants souhaitent recevoir le message, ou si le programme ne fait pas référence à la « conversion » de façon explicite. Ce cadre permettrait à une personne de chercher des conseils pour changer ou réduire son comportement sexuel, tel que soulevé dans les exemples ci-dessus, mais pas via un processus qui dévalorise les identités LGBTQ2+, un élément qui est au cœur de la thérapie de conversion.

Un autre témoin, André Schutten du groupe de défense des chrétiens, l’Association for Reformed Political Action, a tenté de faire valoir que le projet de loi empêcherait également les leaders religieux d'avoir des conversations sur ces sujets - ce qui est une violation des droits et libertés des Canadiens.

Mais Adrienne Smith, un avocat de Vancouver spécialisé dans la justice sociale a souligné que le Canada criminalise déjà de nombreux types de conversations – tel que les menaces ou les discours de haine – ainsi que des comportements, comme les agressions. Iel a ajouté que la nature compliquée du consentement en ce qui concerne la famille, la communauté et la foi déforme encore plus l'idée que les adultes peuvent consentir à une thérapie de conversion, se joignant à Mme Muse et au Dr Salway pour demander que la législation se concentre sur le mal fait - quel que soit l'âge.

D'autres sujets qui ont été abordés lors de l'audience du 3 décembre comprennent la nécessité d'accompagner la législation provinciale et municipale, le soutien aux survivants des thérapies de conversion, ainsi que la prise en compte des perspectives autochtones dans l'application du projet de loi – puisque de nombreux systèmes de croyances homophobes et transphobes ont été imposés aux jeunes Autochtones par la colonisation et les pensionnats. Tout effort de désapprentissage dans ces communautés doit être mené par les Autochtones bispirituels.

Pour une couverture continue des audiences du comité pour le projet de loi C-6, suivez le CBRC et abonnez-vous à notre liste de diffusion. Pour soumettre une déclaration au comité sur cette législation, faites-le avant le dimanche 6 décembre ici.

La prochaine audience aura lieu le mardi 8 décembre à 11h (HE).

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Par Kevin Hurren, collaborateur du CBRC

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